Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /var/www/vhosts/petitsperes.org/httpdocs/config/ecran_securite.php on line 225 Carthagène, toutété Calor muy Calor - Les petits pères


Suivez les Petits Pères sur facebook


Club house

PETITSPEROSCOPE

Résultats

Compte-rendu de match

Histoire des Petits Pères

La prod PP

Reportages photos

Autres sites des petits pères

Les AG

Liens pratiques

Contact

stade Louis lumière

Stade de la grenouillère

 

 

Accueil du site > Compte-rendus de matchs > Saison 2012-2013 > Carthagène, toutété Calor muy Calor

Carthagène, toutété Calor muy Calor

samedi 23 février 2013, par N°5

Préambule :

Mardi soir, dans un bunker ultra-secret de la guérilla colombienne que même la CIA n’a pas réussi a repérer malgré ses satellites détecteurs de flatulences post-empanadas cuits dans l’huile périmée.

Miguel : Conoces el meteo para mañana ?

(Pour plus de fluidité dans la narration, l’auteur va procéder lui-même à la traduction)

Miguel : Tou connais el meteo por demain ?

Pedro : Si amigo, yé entendou qu’il va y’avoir dou la plouie demain...

Miguel : Aïe caramba ! C’est oune calamité ! Il faut que les gringos ils en bavent sous lé souleil.

Et por lé your souivant, tou connais el météo ?

Pedro : Si, yeudi il va faire ouné grandé souleil et beaucoup de la calor...

Miguel : Arriba !! Alours il faut youé yeudi. Appelle-les et balance ouné grosse pipo.

Pedro : ça marche, amigo. Yé vais leur dire qué lé autobous il est dans la panne dou moteur et que lé match, il est décalé au your souivant.

Miguel : Perfecto !

Pedro : Il fait pas oune petit peu chaud pour youer en perfecto plutôt qu’en short ?

Miguel : .... (suspiro)...


Chapitre premier : L’hymne à la joie

Jeudi midi, Carthagène des Indes, Colombie :

Petit à petit, la tension monte parmi les Petits Pères carthagénois à quelques heures du match... Prévu initialement la veille ! Mais l’adversaire, sous couvert d’un prétexte fallacieux voire d’un mensonge éhonté, et on tait lequel, a décalé le match de 24 heures.

Pour nous, c’est 24 heures de plus de manque de sommeil (hormis pour JB qui, chaque soir, se couche comme les poules neurasthéniques), 24 heures de soleil qui cuit nos peaux et fait revenir notre énergie à l’étouffée, 24 heures de plus à diluer notre taux d’hématocrite dans le rhum de Medellin. De plus, la petite ondée bienfaitrice qu’on a prise sur le coin de la face la veille alors nous quittions la Isla de Encanta sur nos pirogues de fortune, nous l’aurions sacrément appréciée durant le match. Mais que nenni ! Depuis ce matin, les nuages se sont fait la malle et le soleil nous fait du mal. La plupart des PP, animés par une soif de culture qui vaut bien leur soifs nocturnes, profitent tout de même de la matinée radieuse pour visiter la ville mais quand les deux aiguilles pointent de concert vers le zénith, tous retrouvent leurs hôtels respectifs pour commencer les préparatifs. A l’Hôtel Relax, dit hôtel des célibataires, dit aussi "la banque du sperme", on grignote sur le pouce et avec les doigts et surtout on commence à se détendre les muscles par quelques brasses étirées dans la piscine. Dans l’hôtel Casa de las palmas, dit hôtel des couples, dit aussi "les bourses d’échange", les femmes font ce que toutes les épouses de guerrier qui part à la guerre font : Les plus dévoués lustre la cuirasse, les plus dévoyées astique le glaive. Dans l’hôtel des familles, l’Hotel Lee, il n’y a pas Grant monde. Néanmoins, à 14 heures piles, ponctuelle et réglée comme un coucou suisse menstrué, toute la petite troupe se retrouve à l’endroit précédemment défini par les élites décisionnaires pour prendre les bus menant au terrain. Dans le premier bus se regroupent les joueurs et uniquement les joueurs, les valides, les éphèbes, les athlètes, histoire de se mettre doucement dans le match. Dans l’autre bus c’est la Cour des Miracles et s’entassent les blessés, les souffreteux, les claudiquants, les femmes, les grabataires et les pré-pubères. Notons toutefois que quelques conjointes en quête d’émancipation maritale prétextent une mauvaise tolérance à la chaleur pour aller exposer leurs culs emmaillotés à la populace entassée pour l’occasion sur une des plages voisines... Ô tempora, Ô mores.

Dans le bus, le calme tutoie le recueillement. Le match est déjà dans toutes les têtes, l’annonce du combat fait juste tressaillir les corps immobiles. Combien de temps cela dure-t-il ? Un temps certain, comme aurait dit Fernand Reynaud ou son alter-ego chronométrique, Mister Cortie pour qui tout dure une heure. Mais pour une fois, bonne surprise, la route est dégagée et tout le monde arrive à bon port quelques 40 minutes plus tard, soit tout de même une heure et demi avant l’heure du coup d’envoi.

Le bon port, c’est en l’occurrence l’Université de Technologie de Carthagène, un ensemble de bâtiments assez modernes au milieu desquels, entouré de quelques arbres (le détail aura son importance plus tard) trône en contrebas un terrain sec, caillouteux et à l’herbe élimée comme les genoux d’une fille de joie. Si on enlève les 32/33° à l’ombre, on se serait cru au Polygone de Vincennes. On descend un par un du bus la tête haute, le torse bombé et le teint cramoisi par le soleil tropical. C’est qu’il y a du monde alentour. Des groupes d’étudiants nous dévisagent : Sont-ils intrigués par notre présence ou par nos gabarits ? A moins que ce soit nos panamas de contrebande estampillés 100% touriste qui les interpellent. Parmi le monde se trouve déjà pas mal de jeunes autour du terrain, manifestement des joueurs de rugby, leurs potes et un sacré troupeau de groupies. Clairement, joueur de rugby est un atout de séduction dans cette contrée… C’est en tout cas ce qu’à du se dire JB en ayant une demi-molle. On fend la foule en file indienne sous les œillades introspectives des donzelles qui humidifient l’air à notre approche. Mais on a un combat à mener alors personne ne s’arrête et on atteint les vestiaires qui se dessinent comme des douches d’un asile psychiatrique, avec le sol, les murs et le plafond intégralement recouverts de carrelage blanc et surtout, sans aucun banc. On se déshabille dans un silence rare, on écoute un mot de Bernard qui semble encore plus ému et plus tendu que nous puis on parcourt ensemble la grosse centaine de mètres qui nous sépare du terrain. Les autochtones à protubérances mammaires nous ont vus passer dans un sens en jeans, maintenant que l’on repasse dans l’autre sens en short, le temps est à l’orage et les petits bateaux vont se noyer… Mais on arrête là les digressions, on est la pour le match et rien ne viendra plus nous distraire.

En regardant la montre, on s’aperçoit que nous sommes tout de même sur le terrain plus d’une heure avant le coup d’envoi théorique. On va donc devoir faire un échauffement lent et progressif sous le soleil pour éviter de griller toute nos cartouches avant le coup d’envoi. C’est Pline qui le prend en charge… Et là on va passer en accéléré car durant une heure d’échauffement, il ne se passe pas grand-chose de captivant. De façon général d’ailleurs, les préliminaires c’est sympa que lorsqu’on y participe. On pourra juste noter que les Colombiens ont mis à notre disposition une énorme poubelle remplie de pochettes d’eau plongées dans la glace. Le premier réflexe de Nicold fut de plonger son corps de la tête au torse dans la glace. Ah, que calor ! Ceci dit, il faut être complètement honnête : Il fait chaud, certes, mais d’une part rien à voir avec la chaleur de Tuléar et d’autre part, le match devait débuter à 16 heures et là-bas, le soleil se couche vers 18 heures. Nous n’avions donc plus les rayons du soleil en ligne direct.

En définitive, si le résultat devait nous être défavorable, la météo serait une moins bonne excuse que notre hygiène de vie durant une semaine. Avec la bouteille de rhum à 20€ dans un bar ou une boite, les excès sont à portée de toutes les bourses, et la soif fait le reste. La convivialité aussi. Mais on n’est pas là pour se chercher des excuses, le match précédent est encore dans les mémoires, ce match nul alors que la victoire nous tendait ses petits bras suppliants en hurlant « prenez-moi ! Prenez-moi vite ! ». Un seul moyen d’exorciser ce traumatisme. La victoire.

Bon, la grosse cuite au rhum aide aussi à exorciser pas mal de trucs mais clairement, à ce moment-là, nous n’y pensions pas (encore). Au contraire, Jérôme, capitaine courageux, nous fit l’offrande d’un discours qui restera dans les mémoires. A base de « du combat, encore du combat, toujours du combat (le grand classique) » et surtout avec une psychologie qui a fait mouche « des matchs comme ça au bout du monde, la plupart d’entre nous n’en ferons plus vu nos âges. Alors autant finir sur une belle note. » « Écrivons notre propre histoire en choisissant la fin, ne les laissons pas graver notre épitaphe et chargeons-nous de donner à manger à ceux qui écrirons nos louanges ! »… peut-être que je m’emballe un peu sur la dernière phrase mais c’est dans l’idée générale est c’est ce que j’aurais dit, moi, en pareil circonstance. Mais bon, je ne suis pas capitaine et Jérôme n’est pas écrivain alors ça s’est résumé à « On met la gueule et on pousse, on défend et on ferme sa gueule ». D’un autre côté, tout le monde à compris, c’était bien la l’essentiel.

Un dernier événement marquant survint avant le début du match… Et quel événement ! Les hymnes ! L’équipe receveuse y tenait, ça a fait débat chez nous mais au final, ce fut un moment émouvant pour tout le monde. D’un côté 26 Petits Pères alignés et resserrés, le soleil rasant éclairants leurs fronts volontaires et masquant les rides de l’inquiétude. De l’autre, 20 Colombiens dans la même position, le regard noir plongeant avec agressivité dans nos âmes de conquérant. La sono grésille quelques secondes et soudain, comme un génie qui sort de sa lampe, ce sont les premières notes de la Marseillaise qui montent vers les cimes de la cordillère des Andes. La plupart des Petits Pères, pris par l’émotion, se mettent à fredonner les paroles, puis les chanter, puis les hurler. On extériorise le stress et on savoure l’instant unique. Néanmoins, quelques Petits Pères restent muets. Les introvertis et les gauchistes. Ces derniers n’aiment pas la Marseillaise. Ils n’aiment pas le sang impur qui abreuve nos sillons. Ils préfèrent le gros rouge qui abreuve leurs ballons. C’est bizarre car les gauchistes, ils critiquent la Marseillaise pour son côté belliqueux mais le rêve d’un gauchiste, c’est de mourir sur une barricade. Après avoir distribué des tracts, tout de même. Pourtant, il faudrait leur rappeler que l’histoire a rarement été clémente avec ceux qui font des barricades, stratégiquement parlant, c’est souvent voué à l’échec. Bon, le gauchiste se venge comme il peut en envoyant de temps en temps des femmes et des enfants moins gauchistes dans des centres de vacances appelé Goulag. Mais ne polémiquons pas car, finalement, le gauchiste est comme le diplodocus, voué à l’extinction. Mais avec une moins grande queue.

Après ce moment fort, c’est au tour de l’hymne colombien de résonner « ¡Oh gloria inmarcesible ! ». Les gars d’en face n’attendent pas une seconde et déclament les paroles à tue-tête. Tous. Ce ne sont pas des gauchistes, eux. L’air est enlevé, les paroles entrainantes, involontairement je commence à me dandiner légèrement en rythme comme un signe de respect et d’allégeance envers l’adversaire. Greg m’engueule. ‘Culé d’gauchiste….

Enfin, l’instant magique survient. Sous les vivas d’un public nombreux, les doigts arthritiques de Jacques s’écartent péniblement pour lâcher le ballon, sa jambe droite entame un mouvement de balancier d’arrière en avant dans un grincement strident, le pied chaussé dans des crampons Scholl tape miraculeusement le ballon qui s’envole vers le camp adverse. Le match débute !!!

J’imagine qu’instantanément, les avants colombiens ont eu une pensée émue pour le pêcheur indonésien de Banda Aceh qui vit déferler sur lui le tsunami en 2004 en voyant 15 petits Pères morts de faim se jeter sur eux, sur le ballon, sur tout ce qui bougeait et portait un maillot bleu. Les premières minutes sont âpres, disputées, à l’envie. Mais clairement, devant, il nous faut moins de 5 minutes pour commencer à leur faire mal, à les faire reculer et surtout à nettoyer proprement. Sur quelques ballons récupérés, les Canibas tentent rapidement d’écarter pour faire avancer les jambes de vingtenaires de leurs arrières. Mais beaucoup de fautes de mains et surtout une défense omniprésente nous permettent de conserver notre domination. Le pied de Che, sur roulement à billes, lui, nous permet toujours de revenir dans le camp adverse. A la 10ème minute, une touche est habilement subtilisé à l’adversaire par un poussin en mode albatros, Boubouche ouvre prestement sur le 1er centre qui nous fait une belle Ximun sans Ximun, regroupement, nettoyage, sortie du ballon… Ah, si Boubouche avait été sur le bord du terrain, il aurait été fier de nous et nous aurait complimentés. Mais bon, comme il est avec nous, on a droit au mieux à un « pousse » vociféré dans son protège-dent, au pire à une claque sur les fesses qui veut aussi dire « pousse ».

A droite sur la fesse droite, à gauche sur la fesse gauche… Et on appelle le demi-de-mêlée le maitre à jouer de l’équipe ? En tout cas, sur cette sortie de ballon, vers la droite, Jacques, la hanche gauche bloquée par un écrou grippé, ne peut tourner le buste et poursuivre au large. Il renverse alors le jeu du côté d’où venait le ballon. Nous sommes tous surpris, les arrières qui attendaient le ballon sans l’avoir et les avant qui l’ont eu sans le vouloir. Mais l’adversaire était encore plus surpris. Percée plein champ d’un 3ème ligne qui enchaîne sur une belle cocotte sur 10 mètres, passe sur le petit côté et remise pour BB1 qui arrivait lancé d’une position horizontale au sol et perfore le dernier rideau. Il court vers l’en-but et plonge comme un footballeur qui prend du vent de côté. Essai !!!

…Non. BB1 a aplati 5 mètres avant la ligne. Mais quelle ligne ? Car c’est un détail que je n’avais pas évoqué : Le terrain étant petit, l’en-but était déjà lui-même très étroit, 3 ou 4 mètres maximum. Et les poteaux étaient en fait des buts de foot surmontés de rajouts sur montants latéraux. Dans ce pays où toutes les nanas ont des faux seins, même les poteaux sont des faux. En plus, ces poteaux sont situés non pas sur la ligne d’en-but mais sur la ligne de fond ! Bonjour les repères… Et dernière chose, la ligne des 22 est à 22 mètres… de la ligne des 40. Donc en fait à 5 mètres de la ligne d’en-but !!! On comprend que BB1, en plein effort, le cœur irrigant les jambes plus que la tête, ait pu se méprendre. Et puis c’est bien connu, un homme ne sait pas faire deux choses à la fois. (Cette phrase est juste placée là pour caresser dans le sens du poil les quelques lectrices éventuelles).

Heureusement, on ne tergiverse pas trop longtemps puisque 5 minutes après, sur un départ en 8 plein d’autorité et de placages manqués, JB s’échappe et va cette fois écraser la gonfle dans le bon interstice du terrain. Essai et 5/0, Che ayant manqué la mire pour la transformation.

Sur le coup d’envoi, on passera sous silence un magnifique enchaînement fait de rucks répétés, de prises d’intervalle par les trois-quarts, d’un nouveau point de fixation pour dégager de l’espace à Nicold qui lancé vers l’en-but fait une offrande à Manu à 5 mètres de la ligne. Trop facile se dit Manu qui fait donc un magnifique en-avant. Un grand classique oseront dire certains esprits espiègles. La fameuse « brozek Touch’ » est de retour, et si ce n’est toi c’est donc ton frère…

Néanmoins, dans ce rugby d’apparat des Petits Pères, fait d’un subtil mélange de rigueur, de discipline tactique et de prouesses rugbystiques, il serait bon de ne pas omettre un paramètre. L’adversaire. L’adversaire est un jeune homme bon enfant, souriant, chaleureux, plutôt gaillard, plutôt vivace et surtout muni d’un orgueil non négligeable digne de tout latin qui se respecte. S’il faut se remettre à l’ouvrage, il met ses coroñes en bandoulière et repart au combat encore plus fort qu’avant. Et c’est ce qu’il fit, en venant durant 10 bonnes minutes pilonner nos 22 avec fougue et détermination. Mais côté Petits Pères, quand on le décide, la défense n’est pas un vain mot et arc-bouté devant notre ligne, on fait échec à toutes les percussions adverses. Un bras sur une cheville, une main sur un ballon, au pire le corps offert en pâture à l’avancée adverse en guide d’ultime digue contre les flots adverses…. Et ce n’était pas la digue du cul ! Plusieurs fois, on récupère le ballon, plusieurs fois le pied de Che nous dégage par une touche. C’est rigolo, d’ailleurs, les Cabiras s’évertuent à jouer des touches réduites en mettant le reste du pack dans la ligne d’attaque. Moins couillon qu’on en a l’air, on fait de même. Voire mieux car on essaie de couper les extérieurs au plus vite, ce qui est facilité par le manque de dextérité des Colombiens. Au bilan, après cette grosse séance de défense, on ressort de notre camp en plusieurs temps de jeu, un mail se crée vers le milieu du terrain, Boubouche extrait rapidement la balle qui arrive, je ne sais plus comment car j’avais la gueule dans le ruck, dans les mains de Nicold. Il évalue la situation en 1/28ème de seconde, échappe à un premier placage, accélère, ralentit, baisse le torse, évite un second placage par une habile rotation du bassin, s’apprête à passer les bras, se ravise une fois un troisième adversaire mis dans le vent, ré-accélère en direction de l’en-but, sent sur sa croupe le souffle rauque d’un jeune mâle qui le rattrape centimètre par centimètre, allonge la foulée pour produire une seconde accélération, entend le bruit sourd du colombien penaud qui s’écrase la face sur le sol en ayant raté sa cuillère, maintien sa foulée fulgurante, voir l’en-but approcher, aplatit le ballon et s’écrase comme un merde molle sur un arbre malencontreusement oublié là par le jardinier du stade.

Deuxième essai, 10/0 car Che a encore raté la cible mais comme c’est un pote on l’encourage quand même. Le break semble fait.

Le match va-t-il être plus simple désormais ?....

A suivre J

Revenez, au prochain épisode il y aura encore plus de sueur, plus de combat, des héros, de la joie, Fifi en martyre, des sodomies répétées, des minettes voluptueuses qui se jettent sur JB, des hommes nus sous la douche, des gauchistes en colère, de la bière fraiche, des hommes heureux.


_

Chapitre second : Les phénix et la fistule


Incipit :

…. Patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage. Vous avez patienté fébrilement, la bave aux lèvres, le tic nerveux, alors même si c’est quelques jours après le passage du gros bonhomme à pompons rouges, après la date de la fin des vœux, après les moult frimas hivernaux, après l’amour commercialisé du 14 février, voici en cadeau la suite du match de Carthagène.


Nous retrouvons les héros du bout du monde autour de la 30ème minute de match, presque sereins, avec deux essais d’avance et une certaine mainmise sur le ballon tandis que le soleil descend sur l’horizon et les montagnes alentours. Les Canibas ne baissent pas pavillon et malgré notre léger avantage, et nous on ne s’estime pas arrivé. Suite à une touche à notre avantage, un amas peu esthétique de corps enlacés se retrouve entassé sur la terre sèche comme une jelly qui serait tombé sur le parquet. Bien sur, ça gratte avidement des deux côtés bien qu’il n’y ait plus aucun joueur sur ses appuis si on estime que le cul, la cage thoracique ou le maxillaire inférieur ne sont pas des appuis communément utilisés pas les bipèdes. Par bonheur, l’arbitre, malgré un sens du vice qui commence à poindre derrière son sourire à la JR Ewing, ne voit rien et laisse le tas s’auto-alimenter en vie souterraine jusqu’à ce que le ballon, mu par une force qui n’a rien de newtonienne, se retrouve de notre côté du regroupement. C’est alors que Jérôme, revenant cahin-caha d’une précédente position de fève au milieu d’un gâteau de corps, s’approche du maul, s’empare du ballon qu’une main inconnue tend avec dévotion et, oubliant malicieusement la ligne arrière qui soufflait un peu en faisant des exercices d’hyperventilation, contourne le maul et file sans opposition marquer ce troisième essai qui conclut une mi-temps joliment maitrisée. Celle-ci eut été parfaite si juste avant le coup de gong intermédiaire, la fougue colombienne n’avait pas réussi enfin à ébrécher nos digues défensives. Il faut dire qu’à la réception de leur coup d’envoi, Derrick s’est trouvé aussi efficace que la Venus de Milo voulant faire du jonglage. Forcément, le jeu s’installe dans nos 22 et après plusieurs percussions efficaces, les Canibas engrangent leurs 5 premiers points.

Très peu de temps après, l’arbitre siffle la mi-temps. Nous soufflons. Fort. Une meute de phacochères asthmatiques rejoint le bord du terrain tandis que le dépositaire des règles appelle notre dépositaire de vie pour lui signaler, Ô l’infâme, que les Petits Pères semblent prendre trop de liberté avec les lois du jeu. Oser nous dire ça à nous alors que durant 40 minutes, il a scruté nos moindres faits et gestes avec un stakhanovisme coupable tandis qu’il gardait pour les Canibas les yeux de Chimène croisés avec ceux de Ray Charles. C’est honteux ! Pire que l’arbitrage maison, il y a l’arbitrage Cartel. Et ça nous écartèle. Lorsque Jacques nous retrouve au bord du terrain pour nous retranscrire ces paroles, un seul mot me vient à la bouche : Oh, l’enc… Mais comme je ne suis qu’un mondain gavé de bienséance, je ne pourrai pas vous retranscrire ce mot, je me contenterai de vous suggérer que le sombre quidam au sifflet avait le fondement propice au tourisme de masse.

Pendant ce temps-là, Nicold n’est pas vraiment aux discussions de fond. Suintant comme un gigot de 4 heures à mi-cuisson, il a piqué une tête dans la poubelle remplie d’eau glacé. En apnée et les jambes en l’air, il a tout de Bibifoc. Après réflexion, vu sa coupe de cheveux, il est plus proche de l’otarie du Cap à fourrure. En tout cas, les esgourdes en immersion, il n’a pas pu entendre le discours mobilisateur de Jérôme, vindicatif à souhait. Il parle à ses troupes comme Sainte-Geneviève aux parisiens face aux hordes d’Attila. Il faut tenir, il faut résister, il faut se battre, il faut jouer au sol et mourir debout, mais nous ne mourrons pas car dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l’ennemi. Il faut que les PP, ce jour là, soient présents à la Victoire. Alors nous retrouverons notre liberté et notre grandeur. Tel est mon but, mon seul but !...

A ces mots, les remplaçants ne se sentent plus de joie. Se sentant comme les phénix des hôtes de ce pré, ils ouvrent grands leurs bras… Et laissent tomber la balle. Ouf, on s’en fout, la 2nde mi-temps n’a pas encore repris.

On effectue les changements prévus, les joueurs surnuméraires sont en ébullition extatique et prêts à abattre des montagnes. On sort Nicold de sa poubelle où, vu sa position, il commençait à la fois à se geler les zygomatiques et prendre un coup de soleil sur le bas des reins. On prend place sur le terrain, le coup d’envoi est pour nous, Jacques a changé sa hanche en plastique à la mi-temps, la balle part loin et haut, les Petits Pères s’élancent fougueusement pour être à la retombée de l’ogive descendante. Les yeux sur celle-ci et parti de la gauche du terrain, je la vois, je la sens déjà me chauffer les paumes dans quelques dixièmes de secondes… Parti du centre du terrain, Raph doit avoir les mêmes fantasmes tandis que sa carcasse se meut à une vitesse sidérante vers le point de chute rapidement calculé par extrapolation logarithmique de la trajectoire parabolique la balle, de la force du vent et de la résistance de l’air à cette altitude. Plus que 5 mètres… plus que trois mètres… Plus qu’un mètre….

C’est à peu près à ce moment là qu’on se rentre dans la gueule l’un l’autre, Raph et moi, laissant la gonfle échoir dans les bras ballants d’un Caniba bienheureux. Bienheureux ? Soit, mais tellement effrayé par la masse informe de 200 kilos qui lui arrive sur la gueule qu’il en laisse tomber la balle, laquelle part environ 5 mètres devant lui. Et accessoirement derrière l’avant-garde des gros PP qui étaient lancés eux aussi dans cette course contre la balistique. Bien sur, nous nous attendons à ce que l’arbitre siffle un légitime en-avant mais manifestement, selon cet étron post-diurétique, quand la balle fait plus que 5 mètres, on ne compte plus l’en-avant. Un adversaire profite de nos tergiversations pour ramasser la balle, faire une passe ou deux et achever l’action par une course rapide qui se termine derrière notre ligne. Essai. Après 30 secondes de jeu. La loose. Jérôme regarde discrètement l’antisèche de discours qu’il avait planqué dans son short pour voir où est-ce qu’il s’est gouré mais avec la transpiration, tout a bavé et déteint sur sa fesse gauche… Et il n’ose pas demander à quiconque de lui lire l’avenir dans la ligne du cul.

On se regroupe quelques instants. En dix secondes, on se fait remonter au score, les bretelles puis le moral. (oui, je zeugme dans l’adversité). Cette fois, c’est clair, plus rien ne passe. On reprend la même position, Jacques relance le programme « coup d’envoi » de sa jambe droite bionique et la balle reprend la même direction que précédemment. Heureusement, j’avais noté le résultat de mon calcul balistique sur le coup précédent. Et coup de bol, je l’avais retenu par cœur et pas noté sur le cul de Jérôme. A la retombée de la balle, j’avise un point de contact virtuel entre la balle et ma main à une hauteur théorique d’environ 3m. Oui, je sais, c’est haut, mais par un habile appui de mon genou gauche sur la cage thoracique d’un Caniba, je gagne les quelques centimètres qui manquaient à mon bonheur (on évite les extrapolations, SVP). Ma main touche la balle, c’est le coup de foudre immédiat, l’union sacré, la gonfle reste collée à ma pogne durant les longues secondes de ma redescente sur la terre ferme. Au moment pile ou mes pieds touchent le sol, je bascule mon centre de gravité vers l’avant ce qui me donne au rebond une énergie cinétique hallucinante, laquelle me permet de me mouvoir à une vitesse extraordinaire entre les joueurs adverses. Je cours vers la ligne d’en-but, virevolte entre les opposants stériles à ma progression. Finalement, au bout de cette course folle, un téméraire se jette dans mes pieds et stoppe net ma progression. Mais j’ai au moins parcouru 7 ou 8 mètres… en comptant les 2 mètres gagnés en m’étalant de tout mon long. Néanmoins, l’équipe est remise dans le sens de la marche, la balle est récupérée et nous créons un second puis un troisième point de fixation dans leurs 22. L’épilogue est proche, tangible, palpable. Et surviendra à peine 2 minutes plus tard, lorsqu’après avoir récupéré la balle en grattant honteusement au sol, les Canibas repartent plein champ, font quelques actions que je vois de loin et aplatissent à nouveau dans notre camp. Et cette espèce de bite de lépreux qui nous sert d’arbitre ne trouve rien à redire, ça devient donc difficile de garder notre calme. On a signé pour en prendre plein la gueule par l’adversaire, par pour en prendre plein le cul par l’arbitre. (Ma mondanité légendaire s’altère quelque peu, j’admets).

Pour boire le calice jusqu’à la lie, les Canibas se mettent à passer les transformations et donc prennent la tête au tableau d’affichage, 17/15 à leur avantage. Re-blabla dans l’en-but, motivation de groupe et on retourne au charbon. Confiants, pas forcément, mais toujours volontaires. Et soucieux de faire tourner les effectifs pour accumuler de la fraicheur sur le terrain. Et cette fois-ci, on tient le coup. De longues minutes se passent sans aucun point marqué, chaque équipe a ses temps forts et ses temps faibles, et la fistule purulente au sifflet continue à nous les briser menu. On tente de discuter avec lui mais comme on parle mal le fistule ancien, le dialogue tourne court. Au contraire, le paroxysme de la coloscopie arbitrale au verre pilé surviendra quelques minutes plus tard, lorsque qu’après plusieurs temps de jeu ou les fautes flagrantes des Canibas restent impunis, Fifi oppose son corps et sa latéralité légendaire à la malhonnêteté adverse. Mais en fait, c’est juste un problème de géographie : Fifi pensait que sa latéralité dans l’hémisphère nord se transformerait en axialité dans l’hémisphère sud. Un peu comme l’eau de la baignoire qui passe le siphon en tournant dans l’autre sens de l’autre côté de l’équateur. C’est comme ça, Kepler vous expliquera ça mieux que moi. De même, je me souviens d’un patagonienne qui gallochait dans le sens anti-trigonométrique, c’était excitant à mort. Le charme de la transgression surement. Et encore mieux, lorsqu’elle… Mais ne nous dispersons pas. Fifi est rattrapé par la patrouille car en fait, nous n’étions pas dans l’hémisphère sud !!! Carton jaune pour notre débonnaire ami ! Je crois qu’aujourd’hui encore, il ne s’en est pas remis. Mais au diable les états d’âme, nous sommes à 14 contre 16 et le match n’est pas terminé. Il aurait pu l’être rapidement car les Canibas nous plante un 4ème essai et le transforme. 24/15, la forteresse est tombée sur le chihuahua, c’est le tournant du match, l’essai de la victoire, etc… Tous les lieux communs auraient pu sortir de la bouche d’un commentateur lambda. Sauf que nous ne sommes pas une équipe lambda. On se fait entuber mais on a des tripes qui repoussent l’impétrant pénétrant. « PP as-tu du cœur ? Tout autre que mon PEERS l’éprouverait sur l’heure ».

On fait le dos rond durant la période d’infériorité numérique, on défend comme des morts de faim, on attaque avec la volonté hissé en étendard, on court, on percute, et au bout d’une action dont je n’ai aucun souvenir mais on s’en fout, JB va brillamment rajouter 5 points dans notre escarcelle. Liesse parcellaire sur le terrain, mais dans les tribunes, l’espoir renait. Les cris d’encouragement, qui n’avaient jamais cessé, reprennent de plus belle. Même les naïades bikinisées qui avaient délaissé le soutien de leurs athlètes respectifs ont du sentir l’onde d’espoir faire vibrer leur serviette. A moins que ce ne soit les mains calleuses du Don Juan d’opérette qui leur passait de la crème solaire dans le dos… mais ça nous ne le saurons jamais ! Le public, notre public oserais-je dire, le vrai, le fidèle, celui qui brave le temps, le soleil et les bouchons pour nous soutenir, ce public-là est euphorique. Tous parés du tee-shirt jaune de circonstance, ils trépignent, sautent, s’enlacent. De loin, on a un peu l’impression de voir un troupeau de canaris qu’on aurait mis dans un micro-onde. Mais putain ce que ça fait chaud au cœur d’être encouragé de la sorte quand on a dépassé la 70ème minute de jeu et qu’on a l’impression qu’on va se retrousser la glotte à chaque expiration tellement on cherche l’air.

D’ailleurs, ce torrent d’amour a un effet bénéfique sur Che : Il l’attrape, le catalyse et le régurgite sous forme d’un coup de pied magistral qui s’envole en chantant entre les perches. Transformation réussie, 24/22 pour les Canibas. On commence à sentir l’odeur du sang à nouveau, la meute est prête à repartir en chasse. Jérôme hume l’air en bavant, Rico montre les canines, JB hérisse ses poils (« Oh, le yéti !! » entend-on dans le public), Nicold se gratte l’oreille avec la jambe gauche et Vanou se lèche les parties génitales. On en profite pour faire quelques changements en faisant revenir les joueurs les plus expérimentés sur le terrain. Ça persifle un peu dans les rangs des plus gauchistes pour qui chaque être humain est égal à l’autre et interchangeable, pour qui les qualités et l’expérience ça n’existe pas, pour qui il faut se battre avec des faucilles et des marteaux mais surtout pas avec intelligence. Mais bon, quand j’ai rétorqué que j’étais d’accord et que je m’interchangerais bien une fois ou deux auprès de leurs femmes, ils ont perdu leur foi politique et son reparti lire Le capital en bandes dessinées pour les Nuls. Quand même, à 5 minutes de la fin on a une chance de gagner à 10.000 km de chez nous contre une équipe qui est outrageusement avantagée par l’arbitre et on devrait laisser faire ? On pourrait aussi jouer pieds nus avec des punaises dans le gros orteil pour expier le fait qu’on est parti en vacances il y a deux ans dans le pays qui les a colonisés il y a 5 siècles ?

Sur le terrain, les cinq dernières minutes, même sans Raymond Souplex, sont étouffantes de stress, de suspense et surtout de combat âpre, acharné, titanesque. Sur un ruck initié par les PP et sur lequel les Canibas se sont crus aux épreuves de sélection pour Le Grand Splash, l’arbitre, subitement touché non pas la grâce mais par la justice, siffle une pénalité en notre faveur. Ragaillardi par son récent succès, Che s’approche, fout deux ou trois coups de lattes aux demis qui veulent jouer la balles et s’empare autoritairement du ballon. Nous sommes à une trentaine de mètres, légèrement excentré sur la gauche, Che fait ses pas de recul, le soleil rasant de trois-quart face fait reluire ses pommettes et briller son regard pointu, la brise légère soulève sa frange et allonge son front lui donnant un air intelligent. Là, à 17h42 par 4°36’36’’ de latitude nord et 74°04’55’’ de longitude ouest, Che est beau. Dans le public les femmes se pâment, les filles se caressent, les jeunes filles s’évanouissent et la mère de Greg s’écrit : « Ah, j’ai trouvé le gendre idéal ! Ça tombe bien, le changement, c’est maintenant. Gregor, faut que je te parle ! ». Et dire que pendant ce temps là, Nath jouait à Mojito-ou-tard avec Luis, Miguel, pablo et Carlos. Et leurs équipes de foot respectives.

Mais revenons à notre icône : Il s’élance, oblique sa course, le soleil lui chauffe sa nuque musclée, il commence à pleuvoir, ah non ce son les filles qui se caressent, il botte la balle avec élégance, celle-ci s’envole dans le ciel, passe à travers l’anneau de Saturne pour un message sans équivoque qui réjouit la mère de Greg, redescend, passe joliment entre les poteaux… Puis tape une branche posée là par inadvertance, rebondit, repasse entre les poteaux dans l’autre sens et vient s’écraser au sol. Pénalité raté indique l’arbitre !!! On est tous fou. Ulcérés. Che cherche une faucille pour éparpiller l’arbitre façon puzzle. Il veut couper cet arbre. Il veut couper tous les arbres de la terre. Et tuer tous les jardiniers. La cause écologique a perdu un supporter fervent et Tonio est partie se planquer dans les toilettes pour dames.

Pourtant, on retourne une fois encore lutter contre l’adversité. Plus question d’ouvrir, plus question de passe, de jeu, de large, de gri-gri, d’intervalle. On joue groupé, droit, on fait des mauls, des cocottes, des rucks. Et on avance ! Et on fait mal à l’adversaire. Tout le monde s’y coltine. Sauf Che qui reste derrière pour parer à une éventuelle relance et ça rassure bien la mère de Greg qui ne voudrait pas qu’on lui abîme sa p’tite gueule de futur gendre.

Dans la tête, les Canibas s’y voyait déjà, vainqueurs, heureux, fêtés par leurs supportrices au demeurant fort jolies, joyeux de nous railler gentiment. Or repasser en mode combat, c’est dur. Trop dur. Ils accusent le coup et les coups de boutoirs, centimètre par centimètre ils reculent inexorablement. Après un nième temps de jeu et autant de regroupements, nous rentrons dans leurs dix derniers mètres. On déroule à gauche et Greg refait quelques mètres. Nouveau regroupement, nouveau ballon porté. C’est GrosFred qui porte la balle et pousse, les 5 mètres sont avalés. Tous les hommes sont égaux mais lui l’est un peu plus dans ce genre de circonstances. On voit du blanc sous nos pieds… la ligne d’en-but ! Fred est stoppé par un amas de joueurs adverses qui s’empilent pour lui barrer la route, il donne son ballon, je l’attrape, je pousse… Et surtout je suis poussé. Un moment, je ne touche plus le sol, comprimé entre ces deux troupeaux qui crachent leurs ultimes forces. Le bassin en lévitation sur des épaules et les jambes ballantes, je tends les bras vers le sol. Plus que 50 cm… Plus que 30, plus 20. Mais impossible d’aller plus bas, un caniba me tient les épaules et m’empêche d’aplatir. J’essaie de me dégager mais impossible, je n’ai pas d’appui. Quand soudain, une énorme pogne vient m’appuyer dessus. Ce n’est pas une main, c’est le bras articulé d’une grue mécanique… GrosFred ! Il appuie, appuie…

Essai !!! La balle est au sol, j’ai les mains dessus, la ligne est derrière nous et, Ô bonheur, l’arbitre valide. Et siffle la fin du match dans la foulée. Ecrasante victoire 27 à 24 pour les Petits Pères. Intérieurement, je jubile d’avoir marqué un essai sur un troisième continent mais je fais profil bas pour partager l’euphorie collective. Il sera bien temps de bassiner tous le monde avec ça dans les mois à venir ! Les canibas sont beaux perdants et les embrassades sont chaleureuses et emplies d’émotions. Le numéro 5 adverse s’approche de moi, m’enlace, me dit un truc en langage autochtone que j’interprète en « good game et je serai ton obligé pour le restant de mes jours » et me tend une bière. Ça se passe comme ça chez les Numéros 5. Ému par tant de chaleur, j’envisage une seconde de lui demander si par hasard il n’est pas gauchiste et s’il n’interchangerait pas sa femme avec son vainqueur du jour… Les supportrices colombiennes, connaisseuses et opportunistes, descendent sur le terrain féliciter les nouveaux dieux du stade. JB est tout fou, il se recoiffe, bombe le torse, se colle deux ou trois baffes pour avoir des marques viriles et saute sur les donzelles comme un cambodgien sur une mine anti-personnelle. Ça va faire des étincelles ce soir… Ensuite ? Bière, re-bière, douche, re-re-bière, retour en bus et énorme soirée sur la place de la felicitad (ou un truc du genre qui fait local) avec les PP, les Canibas, les amis et amies respectifs, des chansons, des bouteilles, de l’émotion, des sandwiches qui déchirent… mais c’est une autre histoire.